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Dizzy Gillespie, trompette

Gillespie

John Birks Gillespie naît à Cheraw en Caroline du Sud le 21 octobre 1917 dans une famille de musiciens. Au piano dès l’âge de 4 ans, il hésite un temps entre le trombone et la trompette pour opter finalement pour cette dernière à l’adolescence par admiration pour Roy Eldridge. C’est à Philadelphie en 1935, dans l’orchestre de Frank Fairax, qu’il obtient son premier véritable engagement, débutant ainsi une carrière de musicien professionnel qui le voit rapidement passer du big band de Teddy Hills (dans lequel il grave ses premières plages) à celui de Cab Calloway (qui le licencie bientôt, lassé par ses clowneries autant que par ses acrobaties instrumentales).

Celui qui se fait désormais appeler “Dizzy” (le dingue) multiplie alors les rencontres et les collaborations avec des musiciens de toutes obédiences, classiques et modernes mêlés, côtoyant aussi bien Ella Fitzgerald, Benny Carter ou Fletcher Henderson que Thelonious Monk… En 1942 il intègre l’orchestre de Earl Hines. Il y rencontre la jeune chanteuse Sarah Vaughan, un saxophoniste alto au style novateur nommé Charlie Parker et un certain Billy Eckstine avec qui il participe à la fondation d’un big band qui à partir de 1944 accueillera la plupart des jeunes musiciens modernistes : Wardell Gray, Oscar Pettiford, Art Blakey, Fats Navarro, Sonny Stitt, Miles Davis… Parallèlement il écume les clubs de la 52e rue (l’Onyx, le Minton’s Playhouse) participant activement en compagnie d’autres musiciens révolutionnaires comme Charlie Parker, Bud Powell, Ray Brown, Max Roach ou encore Milt Jackson aux jam sessions légendaires qui donneront bientôt naissance au bebop.

Instrumentiste virtuose au style véloce et excentrique mais aussi compositeur novateur (“Night In Tunisia”, “Groovin’ High”, Salt Peanuts”, “Woody’n’You”), il enregistre en 1945 les premières faces historiques de ce nouveau genre et devient célèbre du jour au lendemain. En 1946 il crée son propre big band et épaulé par des arrangeurs talentueux (Tadd Dameron, George Russell, John Lewis, Chico O’Farrill) transpose au grand format l’esthétique du bebop. Jusqu'au tournant des années 50 (date de sa dissolution) Dizzy fera se succéder dans son grand orchestre des musiciens comme Monk, Ray Brown, Kenny Clarke, James Moody, Cecil Payne, Budd Johnson, John Coltrane, Paul Gonsalves, mais surtout, introduisant dés 1947 dans sa section rythmique le Cubain Chano Ponzo aux congas, posera les fondations du jazz afro-cubain.

Adoptant à partir de 1952 cette fameuse trompette coudée au pavillon dressé vers le haut qui deviendra son emblème, Gillespie tout au long des années 50 se produira essentiellement en petite formation, tout en participant régulièrement aux tournées du JATP (Jazz At The Philarmonic) organisées par Norman Granz. En 1956, commandité par le département d’état pour diffuser le jazz au Moyen-Orient, en Grèce et en Amérique du Sud, Gillespie parvient à reconstituer une grande formation au casting flamboyant (Benny Golson, Wynton Kelly, Phil Woods, Melba Linston…) avec Quincy Jones comme directeur musical. Alternant dés lors, en petites ou très grandes formations, séances résolument bop et projets plus hybrides truffés de rythmes afro-cubains, le trompettiste tout au long des années 60 va multiplier les rencontres et les collaborations occasionnelles, jouant avec les plus grands musiciens de jazz (Sonny Rollins, Duke Ellington, Count Basie, Oscar Peterson, Stan Getz, Roy Eldridge, Sonny Stitt) et les meilleurs spécialistes du latin jazz (Lalo Schifrin, Ray Barretto, Mongo Santamaria, Machito, Candido…).

Au cours des années 70, tout en acceptant de participer à des groupes de prestige comme les Giants of Jazz réunissant quelques stars vieillissantes du bebop ou les Trumpet Kings (avec Clark Terry et Roy Eldridge), Gillespie continue d’écumer les scènes du monde entier à la tête de petites formations mixant avec bonheur vieux routiers du jazz et jeunes musiciens prometteurs (Alexander Gafa, Mike Longo), pour une musique à la force juvénile intacte. Après avoir publié son autobiographie en 1979, “To Be Or Not To Bop”, Dizzy entamera les années 80 sur un mode plus erratique. Continuant néanmoins de propager la bonne parole du jazz partout sur la planète au sein notamment de son United Nation Orchestra (qu’il crée en 1988 en compagnie de musiciens comme Paquito D’Rivera, Arturo Sandoval, Flora Purim, David Sánchez ou encore Danilo Pérez…), Dizzy Gillespie ne renoncera jamais, jusqu’à sa mort survenue à Englewood dans le New Jersey le 6 janvier 1993, à faire de sa musique naturellement métissée un espace de réconciliation et d’harmonie entre les peuples.